La Flamme Olympique et ses Symboles

avril 11, 2008 at 8:39 (Sport)

On a tout vu et tout entendu sur la flamme olympique ; c’est elle qui lie les pays d’une hypocrite fraternité, qui est le symbole de la liberté et maintenant, qui est aussi symbole des droits de l’homme. En fait, pas tant que ça ; c’est d’abord le symbole du phénomène « Free Tibet ». Merci à toutes celles et ceux qui alimentent la polémique.
Mais la flamme, est-il encore nécessaire de le préciser, est olympique. Alors quand des athlètes dopés se baladent avec à la main un tel flambeau (certes porteur de tous ces symboles) qui est le symbole à priori d’une éthique sportive, pourquoi ne s’offusque-t-on pas ?
Mais mon étonnement ne cesse de grandir. Car savez-vous que la flamme est un symbole nazi ? Saviez-vous que le fameux parcours de la flamme a été introduit lors des Jeux de Berlin en 1936 ? Saviez-vous encore que ce sont deux films de propagande de Leni Riefenstahl, “Fest der Schönheit” et “Fest der Völker”, qui sont à l’origine même de cette tradition qu’on croit détenir des Grecs anciens (tradition, donc, de porter la flamme depuis Olympie jusqu’à la ville organisatrice des Jeux)?
Sans entrer dans les détails, le film prône deux thèses principales ; la première, c’est que la beauté des corps grecs magnifiquement sculptés est la seule valable. Elle est le symbole même de force et beauté esthétique et plastique. La deuxième thèse froisse autrement plus puisque la flamme (oui, celle-là même qui se balade en ce moment dans le monde) relie cet idéal grec avec… les athlètes germaniques de l’époque. Soit, et pour que les choses soient claires, que la flamme fomente une armée de beaux et puissants guerriers. En d’autres termes, c’est le gouvernement même d’Hitler qui avait commandité ce film afin d’endoctriner le peuple et lui faire miroiter ce que pourrait être l’Allemagne. Et ainsi pouvoir justifier l’élimination des « moches » et non-conformes, ceux qui ne répondaient simplement pas aux critères de beautés grecques…
Je me pose donc légitimement la question ; pourquoi cette flamme-ci existe-elle encore et pourquoi personne ne s’en offusque-t-il ?

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Concert Mettraux-Schubert

avril 8, 2008 at 11:24 (Musique)

Pour une fois, je vais faire un peu de pub. Je vous recommande vivement de réserver votre soirée du vendredi 25 avril pour aller écouter le choeur A Cappella, qui donnera un concert en tous points exceptionnel! Quelques bonnes raisons pour ne pas manquer cet événement:

- le Stabat Mater de Schubert est une pure merveille, très mélodieuse et peu dissonante (pour ceux qui n’aiment pas);

- la messe de Blaise Mettraux (un compositeur qui nous vient du gros de vaud) est divine également, avec ses touches jazzy qui raviront les amateurs du genre;

- le choeur est magnifique, car il comporte des belles voix et est dirigé par les mains et oreilles expertes de Mme Veronika Horber, elle-même cantatrice professionnelle.

- un duo avec un choeur de France voisine (La Campanelle) qui promet de magnifiques interprétations.

- des solistes paraît-il excellents dont une jeune basse de 25 ans (promouvons la jeunesse, voyons!)

- un orchestre professionnel,

- enfin, et c’est peut-être la meilleure des raisons, MOI! (En tout modestie forcément) Même si je fais partie du choeur mais que je n’y chante pas (car j’ai pris en cours de route), je serai dans la salle pour écouter. Alors venez m’accompagner dans cette expérience sonore et visuelle!

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La Nouvelle Babylone

avril 1, 2008 at 8:23 (Cinéma)

 

Il faut tout d’abord tordre le cou à cette légende populaire : le cinéma a toujours été sonore, même lorsqu’il était muet. Paradoxal, vous vous dites ? En réalité, pas tant que ça ! Suivez donc le guide…
Prenons tout d’abord la forme actuelle du cinéma, qui est composée d’une bande image et d’une bande son. Le cinéma muet des premiers temps, soit dès sa naissance en 1895 à Paris, était lui aussi composé d’images et divers sons ou sources sonores lui étaient associées. Elles lui étaient associées non pas au moment du tournage, mais bien au moment de la projection (en live, quoi).
Voici donc la première différence entre le cinéma muet et le cinéma actuel. La deuxième différence entre le cinéma des premiers temps et « le nôtre » réside dans la non-simultanéité entre bande image et bande son. Effectivement, le film dit « muet » ne racontait pas l’histoire à l’aide du son (les personnages ne parlaient pas, le train ne faisait pas de bruit et l’on ne pouvait entendre le verre se briser en tombant par terre !) mais à l’aide d’intertitres et des images elles-mêmes. Le cinéma muet a donc toujours été accompagné de différentes productions sonores ; par exemple un bonimenteur, c’est-à-dire un personnage qui parlait et qui pouvait narrer les faits relatés à l’écran. Souvent on trouvait aussi un piano ou un même un orchestre. Les personnages ne parlaient donc pas mais le cinéma s’exprimait déjà.
Pour en avoir l’esprit clair, vous pouvez effectuer l’opération suivante, simple et efficace. Prenez n’importe quel mauvais film américain et coupez le son. Vous constaterez qu’il n’y a désormais plus rien (ou presque) qui sépare votre film de famille à l’île Maurice d’une production hollywoodienne… Le deuxième test (le son est toujours coupé !) consiste à ajouter une musique de votre choix, un commentaire voire des bruits divers pour s’apercevoir de l’importance de la bande sonore. Et que constatez-vous ? D’une part, que vous ne comprenez plus rien à l’histoire et d’autre part, vous être subjugués par la nouvelle dimension onirique que procure l’ajout d’une musique au film ! Eureka !
On parlera donc d’un cinéma des premiers temps sonore mais non parlant. Historiquement, le premier film dit « parlant » est The Jazz Singer (1927) dans lequel on entend Al Jolson fredonner quelques airs de musique noire. Il y a donc 81 ans que le cinéma parle, mais quand redeviendra-t-il enfin muet ? (Et là, vous êtes en train de vous impatienter et de vous demander où je veux en venir et pourquoi je vous raconte des choses qui de toute manière ne vous intéressent pas, pas vrai ?!)
Eh bien voilà, j’ai vécu hier ma deuxième expérience de cinéma des premiers temps ! Eh oui, le pas est doublement franchi, et même admirablement bien ! La première fut extraordinaire, j’étais sur la place Trafalgar parmi les milliers de personnes et nous regardions, béas d’admiration, l’immense écran et l’orchestre symphonique. Le tout dans la plus belle ville du monde, Londres !
Hier j’ai donc assisté à Lausanne à la projection du film russe intitulé « La Nouvelle Babylone » de Grigori Kozintsev et Leonid Trauberg (1929), sur une musique composée par Dmitri Chostakovitch et brillamment interprétée par l’Orchestre de Chambre de Lausanne. Avec de telles données, l’échec était quasi impossible !
L’orchestre avait une composition peu usuelle puisque ce cher Dmitri a ajouté un morceau de piano et des percussions à la partition. La musique est bluffante de virtuosité (et de difficultés !), alternant les passages très rythmés et au tempo endiablé avec des passages plus lents et plus sombres, laissant envisager de profondes douleurs psychiques. Car nous avons bel et bien affaire à une révolution et donc une guerre, des blessés, mais aussi des vainqueurs. La « Nouvelle Babylone » était née.
Entremêlée avec des airs d’Offenbach, de cancan et… de la Marseillaise (!), la musique évoquait un panel d’impressions et de sentiments riches et fluctuants, comme le dénote parfaitement la partition. Les vibratos des violons évoquaient tantôt le drame, tantôt le tournoiement des parapluies. La flûte traversière égayait les passages féminins de ses airs légers, les contrebasses donnaient toute leur profondeur pour évoquer le paquebot qui quitte le port, les cuivres résonnaient à l’appel du départ du bateau et les coups assommants et assourdissants des chars d’assaut, symbolisés par les coups de la grosse caisse, embarquaient les spectateurs dans un spectacle de terreurs visuelles et sonores. Enfin, le film a l’audace d’une diégétisation musicale spectaculaire, puisque parmi la mort, un homme se met à jouer au piano et, parfaitement synchronisées avec cette vue spectaculaire, les douces notes du piano surgissent subitement de l’orchestre…
Vous l’aurez compris, la musique au cinéma, même dans celui des premiers temps, est des plus importantes ; qu’elle serve le récit, qu’elle évoque l’émotion, déchaîne une passion, concrétise une scène ou contrebalance un point de vue, la musique filmique n’est jamais anodine, encore moins fortuite.

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